Une souffrance à double vitesse


En ce moment, je lis. Plus que d’habitude ? Probablement pas. Différemment, c’est vraisemblable. Je lis la souffrance, je lis les douleurs . C’est un peu mon quotidien d’entendre ces difficultés là . Je suis de ceux qui écoutent les petits et grands malheurs, les angoisses, les peines et les déchirements. Mais aussi les colères, les rages, les révoltes et les haines. Tout peut se dire.

Loin de l’alcove des cabinets privés, je travaille dans des locaux aux murs froids. Rien n’y distrait du sordide, de la rude souffrance, aucune évasion possible. C’est là que les confidences sont reçues : celles de ceux qui vont au Cmp. Pas par choix : dans certaines petites villes, de choix il n’y en a pas ou si peu. Alors quand un psy vient au Cmp : on s’en contente et on se raconte là, au milieu des murs froids.

On raconte cette tristesse quotidienne, on parle d’isolement, de la peur du demain, du froid qui rentre dans la maison, des courses qui se restreignent. On n’y parle pas de vacances, on ne projette pas ce genre de choses quand on a peine de quoi survivre.

On y parle parfois de la honte, de cette honte qui étreint quand on n’ose plus recevoir chez soi, ou qu’on s’isole refusant des invitations qu’on sait ne pas pouvoir rendre. La honte de ce pauvre petit quotidien pourvoyeur d’isolement.

Vous l’aurez compris, je parle ici de ceux qui sont comme « confinés à vie ». Que la cause soit la maladie, la précarité, la pauvreté, la désespérance ou l’incurie, peu importe : pour eux, la douleur ne s’estompera pas avec la fin de la crise sanitaire.

Alors eux, en ce moment, ils sont un peu comme tout le monde. Il y a une forme d’égalité qui s’instaure dans la privation de repères qui est la nôtre, une sorte de commun, de partage. Chacun de nous connaît un peu (juste un peu) des frustrations permanentes qui sont le lot quotidien des plus pauvres, des plus vulnérables. Mais demain …

Et bien demain, après tout ça, rien n’aura changé. Nous reprendrons le train laissant les autres sur le bord du quai, bien à l’écart protégés par nos œillères.

Alors, aujourd’hui je suis triste mais pas pour moi. Non, je ne suis pas à plaindre. Et j’ai un peu honte aussi car j’aspire à retrouver mon « hier » même si je sais pertinemment qu’hier, demain ou aujourd’hui pour certains, ça ne changera rien

Publié par cecile330

Bonjour Merci d'avoir visité ce blog. Il est le reflet d’une période. Peu de choses personnelles pour beaucoup d’exercices imposés. Ne perdez donc pas trop de temps ici, l’essentiel est ailleurs 😉

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