Entre compassion et relience : là-bas


« There is a field. I’ll meet you there. When the soul lies down in that grass, the world is too full to talk about. Ideas, langage, even the phrase « each other » doesn ´t make any sense »

Rumi

Là-bas

 

Bien qu’il soit possible de débattre de l’exactitude de cette citation, je préfère m’intéresser à l’idée qu’elle véhicule.

A cet espace au-delà des préjugés, des idées et de la notion même de langage où les êtres peuvent se rencontrer vraiment. Bien que la vision de Rumi soit clairement mystique, il est possible de la transposer à nos sociétés occidentales et laïques . D’une part, l’espace en question peut se situer dans le champ méditatif et d’autre part la notion d’amour est humainement accessible à tous en dehors d’une quelconque connotation religieuse.

C’est ici que le mental se réveille !

Je le vois d’ici. Votre petit tyran bien campé sur ses pattes arrières. Il est au taquet, prêt à jauger, à juger chaque mot que je vais écrire, chaque phrase, un peu comme il vous juge souvent. Prêt à comparer nos idées respectives, étiqueter, critiquer,  allant même jusqu’à séparer le bon grain de l’ivraie. Je le vois d’ici car le mien est capable de faire pareil …  

Alors, on se calme le mental

Il est parfois un peu fatiguant ce mental, avec toutes ses petites pensées alambiquées, imbriquées intriquées, parfois étriquées. Quel enfermement !

Je me dis que ce serait sympa de le débrancher de temps en temps. Mais je ne trouve pas la prise, je cherche pourtant …

Le mental n’est pas la clé vers cet espace dont parle Rumi 

Et bien non. Au risque de blesser notre bel intellect, il n’est pas en mesure de tout résoudre. Surtout lorsqu’il s’agit d’être connecté à l’autre.

Qu’en est-il des émotions ?

Vous avez  remarqué?  Cette  manière dont nous sommes parfois mal à l’aise face à une personne ou un groupe. Souvent simplement parce que nous ressentons une réaction émotionnelle (sous-tendue par des pensées automatiques) et avec elle son cortège de pensées conscientes d’étiquetages et de jugements. Par exemple quelle émotion  face à ma diatribe au sujet de votre petit tyran mental jaugeant mes textes?

Ça ne donne pas forcément  envie de me connaître…. 😉

Avez-vous remarqué que, dans ces cas là nous attribuons aisément le malaise à l’autre (ou aux autres?) .. pas à nous…. Et pourtant, sa cause est intérieure 

 

Il nous arrive de nous distancier afin d’éviter le malaise ressenti, son côté  émotionnellement désagréable.
Et si l’autre partie tente encore d’interagir , on peut se sentir oppressé ou agressé même se montrer sec.

Rien de bien grave, c’est une réaction de protection, on se rétracte sur nos propres besoins . Mais par cette réaction, on érige un mur invisible entre soi et non soi, entre nous et cet autre qui nous dérange .

La plupart du temps, on ne réalise même pas qu’à ce moment là  notre EGO a pris le dessus mais parfois notre réaction est bien consciente et assumée. Elle peut être un peu gênante voire culpabilisante,  mais « ça soulage ». Enfin, sur le moment.
Et faisant fi du vrai motif de notre manière d’agir (les émotions ressenties intérieurement) , nous nous déculpabilisions projetant sur l’autre les causes de notre « rejet » (j’agis  en reaction à son comportement, je n’y suis pour rien). Ça limite la culpabilité, enfin c’est selon… 

 

 

Et sortir des réactions egotiques?

 

On a peut-être tout à gagner à ne pas systématiquement s’éloigner de celui où ceux qui nous dérangent intérieurement . D’autant que dresser un mur invisible entre notre petite personne et l’autre peut être ressenti comme une réelle violence. 

Une possibilité pourrait être de s’entraîner à la compassion. 

 

Proposition: la compassion comme chemin vers la relience

 

Allons bon… souffrir avec maintenant, cela vous semble une drôle d’idée peut-être 

Il ne s’agit pas non plus de pleurer avec l’autre : il nous dérange.

Il s’agit plutôt d’entraîner notre capacité à percevoir et reconnaître la souffrance de celui ou de ceux qui ont déstabilisé notre « précieuse homéostasie psychique ». Et, ainsi, de reconnaître un point commun, une humanité commune avec l’autre dans cette capacité commune à ressentir des émotions (oui, celles dont on parlait juste avant, qui nous poussent à fuir). On fait naître de cette manière une relation de solidarité émotionnelle avec l’autre (ouf). Un peu comme le décrivait Camus dans « l’homme révolté » avec ce sentiment de révolte commun qui génère la solidarité : « je me révolte, donc nous sommes ».

Alors, plutôt que de dresser un mur invisible, on peut tenter d’envoyer de bonnes vibrations à cet autre, cet étranger : lui envoyer de l’amour. Si le mot ne vous angoisse pas trop, bien sûr. Le mur pourrait ainsi s’effriter peu à peu.

Parce que laisser la compassion entrer dans notre relation  à l’autre conscientise peu à peu la notion de relience (interdépendance, inter connexion  ça le fait aussi)

Dans la tradition bouddhique, nous faisons tous partie d’un grand tout. La volonté « d’individuer », de séparer,  sans cesse est une illusion de l’esprit (ce petit tyran mental qui sépare, compare et juge soi et les autres), de l’ego. Envoyer de bonnes vibrations à l’autre, c’est tout bonnement le reconnaître dans sa dimension humaine identique à soi plutôt que de le placardiser derrière un mur invisible et excluant, plutôt que de l’effacer finalement.

C’est une manière de lui dire : tu es là, je te vois. Peut-être qu’en ce moment, je ne suis pas en mesure d’apprécier ce qui pourrait nous réunir mais je choisis de manière consciente et libre de ne pas créer de séparation.

On est dans cet espace que Rumi décrit : de cœur à cœur.  D’acceptation de soi et de l’autre lui souhaitant d’être heureux quelques soient ses aspérités. Imparfait comme nous le sommes.

De cet ensemble, on peut retenir que là où notre mental ne voit que séparation, discorde, compétition et désaccord, là où l’esprit met du sarcasme et de la condescendance ; le cœur met de la compassion et guide vers la relience et peut-être une certaine forme de bonheur.

Avec les autres mais sans s’oublier pour autant 

Il va de soit que cette compassion, cet amour, ces « good-vibes », vous pouvez aussi vous les adresser à vous-même.

Vous l’avez bien perçu, ce qui se joue parfois avec les autres se joue essentiellement  en nous. Lorsque nous sommes contrariés par nos actions, nos « bêtises » , ou l’autre ces émotions ces pensées automatiques (ou non) jugeantes, culpabilisantes (non mais quelle idiote !),  c’est à nous que nous-même que  les adressons.  Elles sont très souvent destructrices  et peuvent conduire à s’éloigner de soi et des autres.

C’est là que l’acceptation, l’accueil  de soi, en toute imperfection avec bienveillance, et compassion interviennent et vraiment, ça peut aider à vivre en harmonie avec les autres avec plus de douceur.

 

 

 

Publié par cecile330

Bonjour Merci d'avoir visité ce blog. Il est le reflet d’une période. Peu de choses personnelles pour beaucoup d’exercices imposés. Ne perdez donc pas trop de temps ici, l’essentiel est ailleurs 😉

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