Génération ingouvernable : de qui parle-t-on au juste?


Manifestation contre les idées du front national Bordeaux 2 Avril 2017 Cdo

Bonne question, peu (pas) abordée dans les médias. Pourtant, être informé est parfois utile. J’ai découvert Génération ingouvernable  le samedi 1er Avril, à l’occasion d’un envol de tracts depuis la tour Pey Berlan à Bordeaux. Manquant à tous mes devoirs de vérification, je ne suis pas allée plus loin d’autant que la proposition était alléchante.

Il s’agissait de participer à un mouvement de protestation anti-fasciste le dimanche 2 Avril en parallèle du meeting FN à Bordeaux. Pourquoi pas? Que dis-je! Certaines priorités sonnent comme des évidences.  Loin de vouloir contester au parti d’extrême droite sa liberté d’expression ( ça fait mal), il m’a semblé vital d’affirmer ma désapprobation, histoire de continuer à faire face à mon miroir le lundi 3 Avril.

Le 2 Avril : une manifestation plutôt bon enfant

Tout a commencé de manière plutôt sympathique. Un rassemblement place de la victoire, quelques discours de syndicalistes, de représentants de mouvements anti-fascistes. Rien de dramatique dans ce petit groupe d’allure hétérogène. À côté des militants, on retrouvait un peu tous les âges, différentes classes sociales, quelques familles, des adolescents accompagnés de leurs parents. Le parcours donné, le cortège s’est ébranlé vers le marché des capucins.

Le 2 Avril : première surprise, le dispositif policier 

Je ne saurai pas trop dire combien de personnes manifestaient ce 2 Avril dernier, entre 1000 et 2000 semble-t-il. De mon point de vue ce type de « manif » aurait pu justifier un ou deux camions de CRS pour « jouer la précaution ». En fait, non. Un dispositif policier très impressionnant nous attendait à partir de la porte de Bourgogne sur les quais de la Garonne . Je n’ai pas pu dénombrer les camions de CRS, de gendarmerie mais c’était tout simplement spectaculaire. C’est à ce moment que le citoyen lambda (ça c’est moi) se demande dans quel guêpier il est allé se fourrer.

Cour Victor Hugo : le moment où l’on comprend que quelque chose ne tourne pas rond

Cet instant, vous le connaissez. Le moment où la réalité vous saute aux yeux dans toute sa violence. Naïve, j’étais rassurée par la présence policière. « Aucun risque, on est protégés »… Pas vraiment. Tout a dérapé au moment où les bris de vitrine ont commencé, accompagnés de jets de projectiles, et ça malgré les huées, les cris de la majorité des manifestants présents. Quelques minutes plus tard des lacrymogènes se mêlaient aux fumigènes. Bref, entre ceux qui ont filé par les rues adjacentes et ceux qui ont tenté de rejoindre le corridor mené par Philippe Poutou, le cortège a mis du temps à reprendre son calme pour finalement achever son périple en retournant à son point de départ.

Pour ma part, je n’ai pas constaté de débordement de la part des forces de l’ordre. Au contraire, j’ai entendu des insultes fuser sans réaction aux provocations. Tout le monde ne partage pas le même point de vue.

Sur le 2 Avril, les avis divergent

Entre hommes politiques, les avis divergent à propos de cette journée. En premier lieu, le point de vue de Philippe Poutou, candidat à la présidentielle pour le NPA présent sur place.

 

Le point de vue d’Alain Juppé, maire de Bordeaux

Point de vue du maire de Bordeaux

Bref, sur l’essentiel les deux hommes me semblent d’accord. Ils ne sont pas pro extrême droite, pour le reste, c’est plus compliqué. Cependant, aucun d’eux n’évoque les « ingouvernables ». Décidément, ceux là, on tait leur nom. Voilà qui donne envie de creuser.

Les ingouvernables kesako

Pour faire vite, il s’agit d’un mouvement horizontal. Si l’on se réfère à leur page face book, ils s’inspirent des « communes » et prônent la destruction d’un système qui les laisse de côté . Certes, ils sont contre l’extrême-droite, mais pas seulement (contre la police, contre l’ordre, contre les élections, contre le capitalisme). C’est ennuyeux car les techniques  de ces  » jeunes » qui n’ont pas grand chose à perdre et, qui s’estimant lésés, laissés pour compte par le système envisagent de le faire tomber sont très violentes. Leur moyen de s’unir et de communiquer entre eux : les réseaux sociaux. Le gros hic : que nous en arrivions là… Que la fracture sociale soit à ce point béante .

Que des personnes se sentent tellement en marge qu’elles ne voient plus que la violence pour s’exprimer. Certes, ce n’est pas acceptable, pas démocratique. Mais rappelons une notion toute simple : un individu réduit à l’impuissance par le système adopte des comportements de « toute-puissance ». Nous sommes donc tous responsables et sans remise en question, il est possible de se demander jusqu’où ira le rapport de force.

Plus en détail, les ingouvernables ont élaboré un projet qui comprend des karnavals, des appels à manifester dans les villes accueillant le FN. La manifestation du 2 Avril était teasee depuis le 24 Mars (avec un wagon de retard, j’ai découvert ce détail le 3 Avril), et décrite comme la suite de la manifestation Nantaise. D’où le dispositif policier? J’ignore.

Pour info, le teaser :

En tous les cas, d’autres manifestations sont prévues, il me semble nécessaire que les français opposés aux projets frontistes s’expriment, que les français opposés à l’ultra-libéralisme, aux idées réactionnaires puissent parler sans être ridiculisés ou traités avec condescendance. C’est une urgence car les ingouvernables expriment par leur comportement ce qui n’est pas parlé en place publique. Aussi, inacceptable et inaudible que ce soit.

 

 

2 réflexions au sujet de « Génération ingouvernable : de qui parle-t-on au juste? »

  1. Article vivant, ce feuillet alerte (dans tous les sens et métaphores) qui en quelque sorte présente : « Les Ingouvernables pour les Nuls ». La méta-conclusion : Nuls nous le sommes tous pour faire que notre société en arrive à secréter des « aphasiques du système » qui signifient par des actes violents un malaise , quand même très coordonné : tant entre eux qu’avec les ouvriers du maintien de l’ordre.

    Aimé par 1 personne

    1. Pour les nuls que nous sommes oui. Quand on sait que le mouvement est issu des têtes de cortège de la lutte contre la loi travail, de la mobilisation anti-trump et de la lutte contre les violences policières (Théo), on conçoit leur révolte. Biberonnés à la démocratie version 49-3, assaisonnée d’une pincée de basculement de l’ordre mondial, cette génération ingouvernable pourrait bien être le caillou dans la chaussure de certains gouvernants s’ils n’y prêtent pas garde. Nous serons bien placés pour voir la suite ….

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