Pas un conte de noël : la faïda ou Childéric et Lothaire au temps des Vikings


img_8221Noël d’aujourd’hui, d’hier et de demain. Ceci pourrait être le début d’un joli conte de Noël, avec un méchant gripesou dans le rôle principal que l’on imaginerait  devenir un « vrai gentil » sous l’impulsion de « l’esprit de Noël ».

Sauf que non, on va plutôt s’offrir un petit voyage vers les années 800, histoire de se rappeler comment les choses se déroulaient lorsque la loi du plus fort (ou du plus riche) prévalait.

Nous sommes donc en l’an 870, à 4 ou 5 années près, hein! Coup du sort, le jeune Childéric, paysan de son état a  subi une nouvelle attaque des Vikings. Et on ne rit pas dans l’assemblée, ses cultures ont été réduites à néant, il n’a plus rien pour nourrir sa femme et ses deux enfants. Hier, il était encore un homme libre, mais aujourd’hui il est un être aux abois, entre les attaques à répétition, la faim et la peur du lendemain, il n’est plus en sécurité.

N’ayant plus grand-chose à perdre, il a vite fait de lorgner sur les terres de son voisin épargnées par les barbares. Il y fait une brève incursion et dérobe quelques légumes, juste assez pour que sa famille ne meure pas de faim, se dit-il.  Il a juste eu le temps d’emmagasiner son maigre butin lorsqu’il est surpris par le propriétaire des lieux et choisit de fuir avec ses trois carottes.

Vengeance ! crie le propriétaire

Pour l’esprit de Noël, on repassera puisque le propriétaire, l’horrible Lothaire s’estime victime d’un terrible préjudice. Il crie vengeance, mais simple cultivateur, opte pour le MALLUM, sorte de tribunal de droit commun de l’époque. Parce que la faïda (vengeance), c’est tout de même à réserver aux plus forts.

Enfin, Lothaire ne se plaint pas : la procédure du MALLUM est strictement accusatoire, c’est plus pratique pour lui. La procédure est orale du fait de l’analphabétisme ambiant et publique , très ritualisée : un vrai spectacle, il faut bien marquer les esprits, les mémoires. Le plan de lutte contre la récidive de l’époque en somme. Société archaïque oblige, les modes de preuve font appel à l’irrationnel et à l’obscurantisme. Les serments purgatoires et diverses ordalies y ont la part belle.

Reste, dans l’affaire à assurer les droits de la défense…

J’aimerais me défendre, glapit l’accusé

Qu’à cela ne tienne, le jugement divin est là car, selon la loi Salique, c’est ainsi, on en passe par l’ordalie. Bon rassurez-vous, en l’espèce, pas question de torture, simplement d’une épreuve physique « librement » consentie par l’accusé (le voleur de carotte au champ dévasté) afin de prouver son innocence.

Libre à lui de « proposer » de se saisir d’un fer porté au rouge. Si sa main venait à guérir sans soin en quelques jours, ce serait la preuve indéniable de son innocence mais dans le cas contraire…

En l’occurrence, notre Childéric est coupable, puisqu’il a volé les carottes. Difficile pour lui de dédommager Lothaire puisqu’il est ruiné. Pourtant, il aurait ainsi évité les soucis. S’il avait été riche, il aurait « racheté la vengeance » au prix de « l’homme », aussi nommé le « WERGELD ».

Bon, s’il avait été riche le Childeric, il n’aurait pas piqué les carottes en fait. Mais comme on disait à l’époque : encore une victime collatérale des attaques Viking….

Et en 2016??

Ben en 2016? Le monde a bien changé. N’est-il pas?

 

 

 

 

 

 

 

 

Une réflexion au sujet de « Pas un conte de noël : la faïda ou Childéric et Lothaire au temps des Vikings »

  1. Ludique léger et profond ! Un vrai conte de Noël à contre-courant, dans le monde grave de bisounours enragés que nous faisons semblant de ne pas aimer ! Il rappelle que bien en-deçà de l’amour ou de la haine, les deux vecteurs de l’être humain sont la misère et la richesse

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