Le sens face au désespoir : Victor Frankl


Apaisement-cdo
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Que l’on parle de Boris Cyrulnik, de Martin Gray ou de Viktor Frankl, le premier mot qui vient à l’esprit est la déportation, le second est la résilience. Trois survivants, qui, chacun à sa manière, a transcendé le pire pour parvenir à construire un devenir.

Viktor Frankl, né en 1905 nous a quitté en 1997, mais le Viennois, élève de Freud nous a laissé le sens en héritage. Les fondements de l’analyse existentielle avaient été posées durant l’entre-deux guerres par Frankl. Pour lui, l’essentiel est de trouver l’envie, le courage de continuer à vivre, ceci au travers de la découverte du sens que l’on peut donner de manière individuelle et singulière à notre existence.

C’est confronté à l’horreur des camps (Theresiendat en 1942 puis Auschwitz en 1944), que Viktor Frankl parachèvera sa pensée propre. Le psychiatre,  philosophe de l’existence, y constatera la capacité de résistance de nombreux prisonniers « vulnérables » en opposition à la mort de déportés nettement plus « robustes ». Le constat que les survivants avaient su conserver une vie intérieure, des espoirs et des projets face à l’absurde, à l’innommable est venu le conforter dans ses idées.

La logothérapie, née dans l’après guerre s’adresse à la raison du sujet, à sa dimension spirituelle. Elle se démarque des autres courants Viennois. Alors que Freud envisage le désir pour motiver nos gestes et Adler le pouvoir, Frankl parle de sens. S’éloignant du « principe de plaisir » fondateur de la psychanalyse freudienne ou de la volonté de puissance Adlérienne,  Viktor Frankl estime que la recherche du sens à donner à la vie l’emporte sur les « pulsions ».

C’est ainsi que la logothérapie envisage la nécessité pour chaque individu de chercher sa propre raison d’exister. Lorsqu’un sujet ne parvient pas à trouver une motivation suffisante en lui-même pour vivre, les logothérapeutes parlent de vide existentiel (ou frustration). Les individus soumis à ce vide cherchent à le combler de manière effrénée confinant à l’addiction. Ils deviennent avides, cherchant toujours plus de pouvoir, d’argent, de sexe ou d’autres choses.

Des portes de sortie peuvent cependant être ouvertes par les sujets luttant contre la frustration existentielle. Leur inconscient spirituel peut les guider dans le sens d’éros, d’ethos ou de pathos. C’est ainsi qu’ils rencontreront l’amour, deviendront des êtres engagés ou des créateurs, des artistes. Le rôle de l’humour a également été mis en avant par Viktor Frankl, face aux situations contre lesquelles nous ne pouvons rien , nous avons toujours le choix de changer notre regard. L’humour devient alors un fabuleux outil de distanciation et de préservation de soi. Le rôle du logothérapeute est de conduire le sujet à conscientiser ses propres ressources, ses valeurs constitutives de l’existence. La logothérapie peut constituer un étayage pour les victimes de traumatisme puisqu’elle constitue une parole de résilience.

Les théories de Viktor Frankl laissent place à la « personne » au-delà du sujet défini par les déterminismes sociologiques, biologiques et psychologiques en envisageant son existence spirituelle par le biais de la quête de sens existentiel. La logothérapie est complémentaire des propositions thérapeutiques actuelles (EMDR, TCC, ICV, traitement médicamenteux). Le  rôle de ces dernières est de réhabiliter le sujet au plan psychosocial tandis que le logothérapeute aide l’individu à redéfinir un projet existentiel.

L’épreuve traumatique confronte la personne « au réel de la mort », à l’absurde de manière brutale en dehors de toute protection par le fantasme. Il s’en suit une perte de sens, d’une brutalité absolue liée à l’effraction traumatique. Les raisons de continuer, les motivations d’exister sont soudainement remises en cause puisque le noyau de l’identité humaine a été attaqué. Reconstruire la « personne » nécessite de « suturer » la coupure existentielle liée au trauma, de rétablir des ponts entre l’avant et l’après. Diminuer les symptômes de l’état de stress post traumatique ne suffit pas, encore faudra -t-il parvenir à réinscrire le choc traumatique dans le cours d’une vie, au travers de son récit et de la restauration d’une personnalité de nouveau unifiée et pleine.

La logothérapie est une école de résilience car elle aide les personnes à être au monde à nouveau, à exister plutôt que de vivre ou survivre.

 

 

 

 

Une réflexion au sujet de « Le sens face au désespoir : Victor Frankl »

  1. Un article qui donne précisément du sens et du lien entre tous les courants contemporains de recherche d’un mieux-être, qu’il soit thérapeutique ou philosophique. La clarté du propos rehausse l’évocation de cette belle figure du siècle à peine passé.

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