Journalistes : l’indépendance ou le salaire que choisir


La plupart des journaux français sont subventionnés par l’état. Les aides permettent aux journaux de subsister, ce qui leur est parfois difficile sur leurs propres recettes. A ce titre, ils bénéficient de subventions pour un montant qui s’élevait à 516 millions d’euros en 2013. Des sommes qui autorisent à questionner l’indépendance journalistique vis-à-vis de l’état voire de tout autre forme de financement extérieur.

Le financement des médias français : l’état providence
En France, l’état providence perdure partiellement en matière de presse. Les aides accordées à cette dernière ne se résument pas à la subvention directe. Deux autres formes de subventionnement sont également répertoriés. L’état aide les médias par le biais de réductions fiscales et sociales mais également de tarifs préférentiels en termes d’utilisation de services publics, comme par exemple les services postaux : ce sont les aides qualifiées d’indirectes. Existe également une troisième catégorie représentée par l’aide aux tiers, en bénéficient les revendeurs de presse représentés par les kiosquiers, la SNCF. Depuis 2014, une réforme a été entamée par le ministère de la Culture et de la Communication. L’idée serait de réduire les aides directes, donc les subsides versés à la presse d’environ un quart. Le budget total des aides accordées à la presse serait de 700 millions d’euro pour 2014. Pour autant, il ne s’agit pas du seul mode de financement dont les médias peuvent se prévaloir en France.
Ils sont en mesure de faire appel à la publicité et les annonceurs (qu’ils soient publics ou privé) entrent pour une part du budget de fonctionnement des médias. Cet élément n’a cependant pas toujours existé, pour exemple, le journal Libération qui n’a connu ses premières pages de publicité qu’en 1982, près de dix ans après sa création par un club de cinq « journalistes » dont Jean Paul Sartre. Il aura essuyé un premier plan de licenciement en 1981 avant d’accepter ce compromis, considérant la publicité comme un « art » pour faire admettre que le journal ne reniait pas ses idéaux. Celui-ci se voulait à sa création sans « sans actionnaires privés, ni publicité ». Cet élément conduit à se pencher sur la part privée du financement des médias.

Lorsque le capital privé intervient dans le financement de la presse
Les subventions distribuées par l’état ne suffisent pas forcément à un fonctionnement autonome de la presse. Les journaux sont donc conduits à trouver d’autres modes de financement. En dehors de la publicité, dont nous avons déjà parlé, certains journaux ont dû ouvrir leur capital à l’actionnariat. Pour simplifier le raisonnement, nous allons conserver l’exemple du journal Libération. En 2005, après de nombreuses péripéties le journal s’est à nouveau trouvé en rupture de fonds. Sa direction, en la personne de Serge July, a obtenu de haute lutte l’entrée d’Edouard de Rotschild au conseil d’administration du journal.
On note, à compter de ce moment, une détérioration du climat, des successions de grèves et de suppressions de postes. Parallèlement, une scission apparaît entre actionnaires et direction du journal, avec d’importantes pertes financières. Cette situation s’est conclue en 2006 par un dépôt de bilan et un plan de sauvegarde prévoyant le remboursement de plus de 15 millions d’euros de dettes sur 10 ans.
Malgré ces difficultés, un climat adverse, la liberté de la presse et la solidarité ont continué de s’exprimer. En 2011, suite à la parution de Charia Hebdo, un numéro de Charlie Hebdo incluant des caricatures du prophète Mahomet, les locaux du journal satirique sont incendiés. Sa rédaction est hébergée dans les locaux de libération. A l’époque le site internet du journal libération sera menacé par des hackers Turcs. Pour autant, les difficultés financières se poursuivent conduisant ce journal au bord du dépôt de bilan évité de justesse par une recapitalisation à hauteur de 18 millions d’euros en août 2014. Dans ces conditions où les actionnaires détiennent près de 100% du capital d’un journal, la question de l’indépendance est clairement posée. Quelques exemples ont récemment mis à jour les conflits internes qui animent les couloirs des organes de presse. Le président du conseil de surveillance du journal le Monde est très largement sorti de sa réserve lorsqu’il s’est dit « déçu » et « triste », de la décision du journal de publier la liste des personnalités concernées par l’affaire d’évasion fiscale, affirmant également que cette histoire le mettait mal à l’aise. Dans la situation dominante qu’occupe Pierre Bergé ces propos, tenus dans la presse, constituent une manoeuvre d’intimidation. Ils sont également discréditant dans la mesure où ils mettent à mal le contrat de non ingérence entre financiers, administrateurs et journalistes et battent ainsi en brèche le principe même de l’indépendance journalistique.

L’indépendance est-elle encore possible ?
L’indépendance demeure possible tant que les journalistes gardent à l’esprit qu’ils conservent une liberté de réponse face aux propos, manoeuvres et réactions de leurs différentes sources de financement.


Certains journaux, comme le site Médiapart, ont décidé d’éviter les financements directs afin de préserver leur autonomie. Afin de conserver un fil conducteur, nous finirons avec les journalistes de Libération. Après les attentats du 7 Janvier, rien n’a empêché la rédaction de Libération d’accueillir de nouveau celle de Charlie Hebdo. Ni les menaces reçues en 2011, dont chacun venait de réaliser le sérieux, ni les difficultés en cours à Libération. Et, à propos de ces journalistes, observons de quelle manière ils nous montrent le champ des possibles. Certains des anciens de Libération (victimes de plan social, libérés volontaires) ont décidé de créer un nouveau média. Ils ont préservé leur indépendance journalistique en créant un pure player payant (similaire à celui de Médiapart) et décidé de débuter à l’aide du crowfunding. Ils ont nommé ce journal en devenir « les Jours ».

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