Le Off : entre outil de travail journalistique et vecteur de communication


L’expression anglo-saxonne « Off » désigne le fait que certains propos tenus lors d’un entretien de presse ne doivent pas être utilisés ou en tout cas attribués à leur auteur. Le off, principalement utilisé par les politiciens et leur services de communication n’est pas vraiment codifié. Aux Etats-Unis son utilisation est assez stricte : le Off ne sort généralement pas dans les médias. En France, le message cognitif est plus flou, et, en fonction des circonstances s’exprimer en « Off » n’a pas le même sens.
Le Off : un signal Cognitif parfois implicite.
Le « Off » correspond à toutes les situations qui ne relèvent pas de l’interview formalisée. Il peut avoir un caractère tout à fait institutionnel. On pense aux Briefing off qui entourent les Sommets officiels. Sous une autre forme, des invitations à déjeuner peuvent être lancées par les services de presse. Il est alors de bon ton de ne pas sortir un carnet de notes ou un magnétophone, ce qui bloquerait la parole. Dans ces cas-là, le off n’est pas forcément verbalisé, il est implicite.
Ce type de pratique nécessite que les interlocuteurs se reconnaissent mutuellement et qu’une relation de confiance ait pu s’instaurer. Les codes doivent être connus et acceptés tant par les hommes politiques que par leurs services de communication que par les journalistes. La structure repose effectivement sur un consensus entre l’intérêt des attachés de presse qui réside dans la meilleure représentation possible du message qu’ils ont à véhiculer et celui du journaliste qui réside dans une appréhension objective de la réalité.
Le Off peut également être employé lors d’une interview. La démarche est plus explicite : l’interviewé précise qu’il s’exprime en off. La connaissance du terrain est alors indispensable. Elle sert à différencier le off/off du off/on. En d’autres mots, en fonction de la personne et du moment l’information doit être gardée, ou diffusée. Les attachés de presse sont ainsi attentifs à choisir des journalistes peu enclins à commettre des impairs. C’est qu’entre journaliste politique et monde politique est fréquemment évoquée la question de l’entre-soi.
Le Off : entre relation de confiance et Connivence
L’exercice du Journalisme est parfois très délicat. Plus qu’un autre milieu, le Monde Politique soumet les professionnels de l’information à toutes formes d’influences. Le Off peut être un moyen de donner aux journalistes une information nécessaire à la compréhension d’une problématique. Mais la difficulté reste qu’être mis dans la confidence, au plus haut niveau, les gens adorent ça. Une connivence se crée, cette dernière peut être source d’influence. Imaginer que l’éthique et la déontologie professionnelle sont des armes absolues contre ce type de jeu de pouvoir est le meilleur moyen de se faire manipuler.
Le Off : ce que dit la Loi
L’Assemblée du Conseil Européen est très claire en terme déontologique dans sa résolution 1003 de 1993 relative à l’Ethique du journalisme :
« Dans les rapports nécessaires qu’il leur faut entretenir avec les pouvoirs publics ou les milieux économiques, les journalistes doivent éviter d’en arriver à une connivence de nature à nuire à l’indépendance et à l’impartialité de leur profession »
Cette notion est essentielle puisque seule l’indépendance d’Esprit et l’impartialité sont ce qui permet au journaliste de conserver le discernement nécessaire à l’exercice de son métier.
La Charte d’éthique professionnelle indique de son côté que le journaliste « exerce la plus grande vigilance avant de diffuser des informations d’où qu’elles viennent ». Le off est une accroche qui vise à attiser l’attention du journaliste. Que l’idée sous-jacente soit d’éviter une diffusion de l’information ou, au contraire de la générer, les recoupements restent indispensables afin d’éviter les propagations de rumeur. La Charte insiste également sur l’obligation qui est faite au journaliste de refuser et de combattre « toute confusion entre Journalisme et communication ».

Le Off entre communication et instrumentalisation
De nombreux exemples saisis dans l’histoire récente de notre pays montrent comment l’utilisation du off a pu compliquer le métier de journaliste.
Il fut un temps où les règles implicites étaient claires, le cas « François Mitterrand » est souvent cité. En dehors des conférences de presse, il était en permanence off. Pour autant, ses paroles étaient totalement maîtrisées et pouvaient être publiées. Les règles étaient pré établies.
Le Off est parfois utilisé pour attirer l’attention du Journaliste, en comptant sur la publication de ce qui est dit. Cette technique contribue à véhiculer des rumeurs sur l’entente entre politiques. Des exemples récents concernant Mesdames Aubry, Royal et François Hollande ont montré que ce rapport était gagnant-gagnant car ces articles ont une forte audience.

S’il fallait conclure sur ce sujet, on pourrait dire qu’il n’y a pas de « off » valable sans accord tacite et en dehors d’une reconnaissance mutuelle.

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