La farandole

Je laisse les mots venir à moi

Jamais, je ne vais les chercher

Ils sont là depuis toujours

Et parfois, ils se bousculent, pressés d’exister quitte à causer pour ne rien dire

Ils expriment parfois le lourd, le sanglant comme autant de mots assassins

Mais ils peuvent avoir la légèreté d’une plume d’hirondelle lorsqu’ils se font mots d’amour

Les mots se savent investis de manière insensée. Pauvres assemblages de lettre qui, si mal interprétés, déclenchent des guerres

Les mots de mes confidences chuchotées sont de doux amis caressants ; alors qu’entrecoupés de pleurs les mêmes deviennent mes pires ennemis

Pauvres assemblages de lettres ployant sous tout le poids de la misère humaine, pour être l’instant d’après propulsés au milieu d’éclats de rire

Les mots ne connaissent pas la paix, pris en tenaille ils nous titillent, nous émoustillent ou nous chagrinent. Plus rarement, une pâle indifférence leur fait ombrage.

Toujours prêts pour un charivari, les mots dansent une folle farandole dont le sens se perd à mesure qu’elle s’étiole

Les mots s’oublient et s’entrechoquent. Ils finissent par n’être plus que décor. Toile de maître ou paysage sonore. Décor plein ou page qui sonne creux. De simples mots au bout d’un pinceau.

Les vérités des paysages

 

Il y a des paysages qui ne mentent pas

À bien les regarder, on imagine tout un passé

Toutes ces vies qui se sont déroulées

Alors, on goûte tous ces chagrins et ces joies partagés

 

A les regarder de plus près, on ressent ce qui est arrivé

Le désarroi et la peur des uns, l’effroi des autres

Tous ça mêlé de la joie d’enfants qui passaient par là

 

 

Ces paysages qui ne nous cachent rien

Sont l’amalgame d’instants qui se sont égrenés

Tel un reflux de vague à l’âme au parfum d’embruns

Ils sont les reflets de nos vies, de nos fêlures et de nos cœurs trépassés.

 

Ils sont des paysages qui ne mentent jamais

 

Les mots du vent

Un chuchotis

Un mot à peine murmuré

C’est le souffle du vent sur ta peau

Dans le silence, ce chuchotis tu le sens plus que tu ne l’entends

Les mots se perdent et flottent au gré du vent

Ils viennent caresser tes cheveux comme une brise

Peu importe leur sens, leur couleur, leur odeur

Aujourd’hui, les mots ont le goût du souffle du vent sur ta peau

Camus, un engagement plus que jamais d’actualité

Albert Camus est un des auteurs que je cite le plus, comme une évidence. Écrivain, philosophe et journaliste à la fois engagé et objectif, Camus reste un modèle de réflexion.

De l’absurde à l’engagement 

Peut-être est-ce grâce à sa reconnaissance de l’absurde qu’il a su transcender vers la liberté d’être, révélant derrière le nihilisme le simple bonheur d’exister.

Loin de toute mièvrerie, il véhiculait l’idée qu’accepter la réalité toute crue est un préalable au changement plutôt qu’une forme de résignation.

Homme souvent contesté, journaliste parfois décrié pour ses décisions de « silence », écrivain  parfois relégué au rang de « philosophe pour les classes de collège », Camus est pour moi l’homme de l’éternel malentendu.

 

 La déontologie journalistique 

 

Celui qui considérait la profession de journaliste comme un combat pour la vérité et l’indépendance m’a donné l’envie d’écrire. Tellement actuel, lui qui dès 1944, dénonçait les dérives d’une certaine presse, fustigeant  « l’appétit de l’argent et l’indifférence d’une certaine grandeur » notant « qu’on cherche à plaire plutôt qu’à éclairer ».

Pas étonnant qu’il n’aie pas hésité à rédiger le célèbre édito du 8 Mai 1945 contre l’utilisation de l’arme atomique à Hiroshima alors que tout un chacun se félicitait d’une merveilleuse prouesse technologique.
Clairvoyant, il écrivait alors : »La civilisation mécanique vient de parvenir a son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide  collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques ».

Ses écrits journalistiques n’étaient pas dans l’air du temps. Celui qui disait « mes oui sont des oui et mes non sont des non » était un journaliste engagé.

Il n’en était pas moins un acharné de la description objective des faits, de la lutte contre les facteurs d’influence pour l’indépendance. Il a beaucoup écrit en ce sens.

Dans un manifeste censuré qui aurait dû paraître le 25 Novembre 1939 dans le « Soir Républicain » d’Alger, Camus définit les « quatre commandements du journaliste libre »: lucidité, refus, ironie et obstination. L’écrivain dénonçait bien sûr la censure et désinformation qui régnaient en France en 1939 mais y réfléchissait aussi  sur le journalisme en temps de guerre.

Camus défendait la liberté d’expression tout en rappelant la responsabilité que cette dernière implique.
Propos dont il poursuivra le développement en participant, sur demande de Pascal Pia à une charte de l’information. Il écrit alors :

»informer bien au lieu d’informer vite, préciser le sens de chaque nouvelle par un commentaire approprié, instaurer un journalisme critique et, en toutes choses ne pas admettre que la politique l’emporte sur la morale ni que celle-ci tombe dans le moralisme. »

Des propos qui devraient servir de ligne de conduite encore aujourd’hui mais nous en sommes loin.

Il poursuit en 1951 préjugeant  largement de l’évolution societale.

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