Camus, un engagement plus que jamais d’actualité

Albert Camus est un des auteurs que je cite le plus, comme une évidence. Écrivain, philosophe et journaliste à la fois engagé et objectif, Camus reste un modèle de réflexion.

De l’absurde à l’engagement 

Peut-être est-ce grâce à sa reconnaissance de l’absurde qu’il a su transcender vers la liberté d’être, révélant derrière les nihilisme le simple bonheur d’exister.

Loin de toute mièvrerie, il véhiculait l’idée qu’accepter la réalité toute crue est un préalable au changement plutôt qu’une forme de résignation.

Homme souvent contesté, journaliste parfois décrié pour ses décisions de « silence », écrivain  parfois relégué au rang de « philosophe pour les classes de collège », Camus est pour moi l’homme de l’éternel malentendu.

 

 La déontologie journalistique 

 

Celui qui considérait la profession de journaliste comme un combat pour la vérité et l’indépendance m’a donné l’envie d’écrire. Tellement actuel, lui qui dès 1944, dénonçait les dérives d’une certaine presse, fustigeant  « l’appétit de l’argent et l’indifférence d’une certaine grandeur » notant « qu’on cherche à plaire plutôt qu’à éclairer ».

Pas étonnant qu’il n’aie pas hésiter à rédiger le célèbre édito du 8 Mai 1945 contre l’utilisation de l’arme atomique à Hiroshima alors que tout un chacun se félicitait d’une merveilleuse prouesse technologique.
Clairvoyant, il écrivait alors : »La civilisation mécanique vient de parvenir a son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide  collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques ».

Ses écrits journalistiques n’étaient pas dans l’air du temps. Celui qui disait « mes oui sont des oui et mes non sont des non » était un journaliste engagé.

Il n’en était pas moins un acharné de la description objective des faits, de la lutte contre les facteurs d’influence pour l’indépendance. Il a beaucoup écrit en ce sens.

Dans un manifeste censuré qui aurait dû paraître le 25 Novembre 1939 dans le « Soir Républicain » d’Alger, Camus définit les « quatre commandements du journaliste libre »: lucidité, refus, ironie et obstination. L’écrivain dénonçait bien sûr la censure et désinformation qui régnaient en France en 1939 mais y réfléchissait aussi  sur le journalisme en temps de guerre.

Camus défendait la liberté d’expression tout en rappelant la responsabilité que cette dernière implique.
Propos dont il poursuivra le développement en participant, sur demande de Pascal Pia à une charte de l’information. Il écrit alors :

»informer bien au lieu d’informer vite, préciser le sens de chaque nouvelle par un commentaire approprié, instaurer un journalisme critique et, en toutes choses ne pas admettre que la politique l’emporte sur la morale ni que celle-ci tombe dans le moralisme. »

Des propos qui devraient servir de ligne de conduite encore aujourd’hui mais nous en sommes loin.

Il poursuit en 1951 préjugeant  largement de l’évolution societale.

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Une souffrance à double vitesse

En ce moment, je lis. Plus que d’habitude ? Probablement pas. Différemment, c’est vraisemblable. Je lis la souffrance, je lis les douleurs . C’est un peu mon quotidien d’entendre ces difficultés là . Je suis de ceux qui écoutent les petits et grands malheurs, les angoisses, les peines et les déchirements. Mais aussi les colères, les rages, les révoltes et les haines. Tout peut se dire.

Loin de l’alcove des cabinets privés, je travaille dans des locaux aux murs froids. Rien n’y distrait du sordide, de la rude souffrance, aucune évasion possible. C’est là que les confidences sont reçues : celles de ceux qui vont au Cmp. Pas par choix : dans certaines petites villes, de choix il n’y en a pas ou si peu. Alors quand un psy vient au Cmp : on s’en contente et on se raconte là, au milieu des murs froids.

On raconte cette tristesse quotidienne, on parle d’isolement, de la peur du demain, du froid qui rentre dans la maison, des courses qui se restreignent. On n’y parle pas de vacances, on ne projette pas ce genre de choses quand on a peine de quoi survivre.

On y parle parfois de la honte, de cette honte qui étreint quand on n’ose plus recevoir chez soi, ou qu’on s’isole refusant des invitations qu’on sait ne pas pouvoir rendre. La honte de ce pauvre petit quotidien pourvoyeur d’isolement.

Vous l’aurez compris, je parle ici de ceux qui sont comme « confinés à vie ». Que la cause soit la maladie, la précarité, la pauvreté, la désespérance ou l’incurie, peu importe : pour eux, la douleur ne s’estompera pas avec la fin de la crise sanitaire.

Alors eux, en ce moment, ils sont un peu comme tout le monde. Il y a une forme d’égalité qui s’instaure dans la privation de repères qui est la nôtre, une sorte de commun, de partage. Chacun de nous connaît un peu (juste un peu) des frustrations permanentes qui sont le lot quotidien des plus pauvres, des plus vulnérables. Mais demain …

Et bien demain, après tout ça, rien n’aura changé. Nous reprendrons le train laissant les autres sur le bord du quai, bien à l’écart protégés par nos œillères.

Alors, aujourd’hui je suis triste mais pas pour moi. Non, je ne suis pas à plaindre. Et j’ai un peu honte aussi car j’aspire à retrouver mon « hier » même si je sais pertinemment qu’hier, demain ou aujourd’hui pour certains, ça ne changera rien

Les femmes et Baudelaire

Baudelaire n’a quasiment écrit que par et pour les femmes. De sa souffrance, de sa haine et de son dégoût sont nées ses plus belles œuvres. Il reste sur le papier, l’image de cette fascination morbide qu’avait Charles Baudelaire pour la gent féminine.
Comme une sorte d’impression argentique de celles dont il est venu, dont il a joui et dont il est finalement mort pour avoir contracté la syphilis.

Ironie du sort que ce destin crée, façonné   puis  brisé par celles qu’il estimait être  ses inférieures.

A moins que d’emblée,  il ait eu un peu peur de toutes ces femmes là, incapable alors de les aimer vraiment, se contentant de les percevoir comme d’étranges objets.

En triste sire, Baudelaire a laissé  sa mélancolie étreindre ses écrits.
La mort y côtoyait la fange dans le giron de ses prostituees vénérées. Le spleen l’a conduit  vers de putrides élucubrations dont la lubricité a amené  la censure. Il n’a  pourtant pas oublié de transformer les fières amazones qui le chevauchaient en squelette, mais rien n’y faisait dans les années 1800.
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Juste un peu d’eau salée

 

Un peu d’eau salée sur le coin des cils

Un peu d’eau salée s’est invitée

Elle n’était pas prévue

Mais elle est arrivée

Je n’ai pas compris

Je n’ai pas perçu pourquoi elle se présentait

Cette eau salée sur le coin des cils

Je l’ai sentie humide contre ma joue

Je l’ai sentie comme je sentais le froid

Ce froid étrange qui m’envahissait, m’engourdissait à mesure que le sol se rapprochait

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